Réconcilier la politique avec le pardon, est-ce possible ? (1/2)

 

« C’est à moi de vous demander pardon, donc vous, ne me dites rien. On restaure un peu de ce qui devait être fait »

C’est ce qu’a dit Emmanuel Macron à Josette Audin lorsque celle-ci a voulu le remercier d’avoir reconnu la responsabilité de l’État français dans l’assassinat de son mari pendant la guerre d’Algérie.

Politique du pardon ou pardon politique ?

 

Plus que jamais, les chefs d’État mobilisent « l’idiome du pardon » (Derrida), c’est-à-dire son langage. Cette rhétorique du pardon s’universalise. En Europe, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie, les hommes politiques se bousculent pour reconnaître le tort de leur pays dans tel ou tel événement historique, dans telle ou telle barbarie ou pour demander le repentir d’un pays voisin. Ils en font des arguments de campagne, des stratégies de communication et des moyens de critiquer l’adversaire politique.

 

L’utilisation du pardon dans le champ politique est tout sauf récente. La clémence du prince est ainsi une pratique ancienne et répandue. On la retrouve à divers degrés dans les régimes contemporains, par exemple sous la forme de la grâce présidentielle dans la Constitution française (art.17). Dans ce cas précis, le Président de la République peut faire grâce à titre individuel à une personne jugée coupable d’une faute spécifique. Cette forme de pardon est intéressante, mais ce n’est pas celle que nous explorerons dans ces articles. On s’interrogera plutôt sur la politique du pardon comme instruments de réparations des blessures collectives.

 

Que faire face quand le passé ne passe pas, quand les fautes d’une communauté commises sur une autre restent vivaces dans les cœurs et dans les mémoires ? Au-delà de la simple communication et de la politique politicienne, le pardon a-t-il réellement un effet politique en la matière ?

 

Pardonner pour transformer le réel

 

Si les hommes politiques utilisent le langage du pardon, c’est avant tout parce que ça marche. Même si le politicien est souvent accusé de parler pour ne rien dire, il ne faut pas oublier que ses paroles ont un effet concret. On parle de discours performatif (Austin, 1962). Si je dis « le ciel est bleu », ma phrase ne prétend pas agir sur le ciel, simplement le décrire. Mais si je dis « pose ce téléphone », ce n’est ni vrai ni faux, c’est une phrase qui vise un effet précis dans le réel.

 

L’homme politique ne parle pas simplement pour décrire, mais aussi, et peut-être surtout, pour transformer le réel.

On ne plaisante pas avec certaines des paroles d’un politicien, et encore moins d’un chef d’Etat. Quand un président dit à un pays voisin « je vous déclare la guerre », personne n’est assez fou pour n’y voir que de simples paroles qui ne changeront pas les choses.

 

Attention, il n’est pas ici question de dire que la parole de l’homme politique se limite à une sorte d’effet performatif, le politicien utilise également le langage pour décrire. Quand le président reconnaît un abus ou une exaction commise par son pays, il décrit un fait ou un ensemble de faits. Mais cette description se mêle à l’action, dans le sens où chaque parole, fut-elle strictement descriptive, aura un impact plus ou moins grand. Quand le Président de la République J.Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv en 1995, c’est en apparence une simple description du réel, mais on s’imagine bien que les propos ont un effet politique, social et même juridique (Conseil d’État, Papon 2002). En ce sens, le langage du politicien mêle bien souvent ces deux fonctions, performative et descriptive.

 

Article de Cyril Philippe

 

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