Pourquoi j’ai demandé pardon au Président de la RCA

 

Alain Stamp à été Pasteur en France pendant une trentaine d’années.
Aujourd’hui à la retraite, nous lui avons demandé de nous raconter une expérience forte qu’il a vécu en Afrique. Alors qu’il était invité comme orateur pour une conférence, il a demandé pardon, en personne, au président de la République Centrafricaine au nom de la France. Il explique pourquoi :

 

Le rôle de la France en Centrafrique

 

Je me suis trouvé être orateur lors une conférence regroupant des pasteurs de République Centrafricaine en septembre 2016, à Bangui.

Quelque jours avant, j’avais eu un entretien avec un pasteur, par ailleurs haut magistrat, qui m’avait révélé le rôle de la France en Centrafrique, les méfaits horribles de la colonisation, ses responsabilités dans la situation actuelle de misère, comme dans la guerre civile qui a sévi il y a 5 ans, et qui perdure sporadiquement. Depuis l’indépendance dans les années 1960, la France s’est arrogé un droit de préemption sur les importantes richesses du sous-sol centrafricain : pétrole, diamants, uranium, etc. (Souvenez-vous de l’affaire des diamants de Bokassa sous Giscard d’Estaing et de l’affaire Areva en 2007).. Sans compter aussi le deuxième tableau bien connu des ventes d’armes.

 

Demande de pardon

 

J’en ai été scandalisé, profondément choqué, déstabilisé. C’est aussi ce qui explique que beaucoup de Centrafricains ont un très fort sentiment anti-français, et parfois une haine profonde.

Or j’étais le premier orateur à devoir prendre la parole pour ouvrir ce séminaire et traiter du sujet : « Face à la souffrance et l’épreuve ». J’ai compris que je ne pourrais être ni écouté ni entendu par la grande majorité des 350 pasteurs présents.

J’ai commencé mon intervention en disant :

Je crois que j’ai un double handicap : je suis blanc et je suis français.

Alain Stamp

Des dizaines de têtes ont approuvé ostensiblement ce que je venais de dire. J’ai alors simplement demandé pardon pour les actions graves, inadmissibles et révoltantes que mon pays avait commis en Centrafrique, et exprimé mes regrets et ma compassion. La suite du séminaire a été profondément encourageante pour les participants.

Réconciliation avec le président de la république

 

Le représentant de la plus grande alliance de chrétiens évangéliques en Centrafrique (l’AEC1 ) avait invité le Président de la République de Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra, à assister à la cérémonie de clôture de ce séminaire.

Le président de l’AEC m’a demandé si j’étais prêt à renouveler ma demande de pardon, l’« acte fondateur du séminaire », en présence du Président de la République. J’ai ainsi eu l’occasion de m’adresser au président de  la RCA (ainsi qu’au Ministre de l’Intérieur), lui expliquer qu’à mon arrivée en RCA, j’avais découvert le rôle de la France dans son pays. Je lui ai demandé pardon en précisant que je n’étais certes pas mandaté pour cette demande de pardon, que je ne parlais qu’au nom de mes trois collègues européens présents, mais que je m’engageais à expliquer en France la raison de ma démarche.

 

J’ai été ensuite conduit vers le président et nous nous sommes donné une longue accolade sous les applaudissements et les cris de joie des participants. Deux jours plus tard, le doyen de la faculté de théologie m’a affirmé que mon geste avait en fait une portée nationale, que mes propos avaient été diffusés sur la radio et que les gens en parlaient dans les quartiers !

« C’est la première fois qu’un Français demande pardon. C’est un geste chrétien et un signe d’humilité. »

 

Ce que le pardon a apporté

J’observe que cette demande de pardon:

  • a  fait tomber les barrières entre mes collègues centrafricains et moi ;
  • a permis de reconnaître leur statut de victimes ;
  • a brisé le tabou que les Blancs ne peuvent pas assumer ou reconnaître leurs responsabilités ;
  • a permis de manifester ma compassion envers mes collègues ;
  • nous a introduit dans une relation de confiance et de respect mutuel.

Il est toujours possible de reconstruire sur des ruines, si l’on accepte de s’humilier, de demander pardon et si l’autre partie l’accepte et le reçoit.

A méditer !

 

Article retravaillé par l’équipe du blog avec accord de l’auteur

1. Alliance Évangélique Centrafricaine ↩

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